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Briser le silence pour une santé mentale adaptée aux jeunes noirs du Québec

  • Photo du rédacteur: MUNTU - MONDO
    MUNTU - MONDO
  • 7 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 nov. 2025

Dans les quartiers de Montréal comme dans l’ensemble du Québec, des milliers de jeunes noirs avancent chaque jour avec une force admirable. Ils jonglent avec des identités multiples, héritent de l’histoire de leurs parents, vivent la pression de réussir plus que les autres, affrontent la discrimination ordinaire qui ronge en silence. Malgré cela, ils continuent d’espérer, de créer, de rêver. Pourtant, derrière ces sourires courageux se cachent trop souvent des douleurs profondes, des angoisses tues, des blessures que personne n’a appris à écouter. Leur silence n’est pas un caprice. C’est une cuirasse, une façon de survivre dans un monde qui ne leur laisse pas toujours la place de dire leurs fragilités.


Cette réalité soulève une question essentielle. les intervenants en santé mentale du Québec, bien intentionnés et engagés, sont-ils réellement préparés à répondre aux besoins particuliers de ces jeunes ? Les pratiques actuelles, souvent inspirées de modèles occidentaux, universels en apparence, ignorent parfois ce que signifie grandir noir dans une société où l’on peut être regardé avant d’être écouté. Comprendre la thérapie ne suffit pas si l’on ne comprend pas l’expérience culturelle, les codes familiaux, les fiertés et les douleurs transmises de génération en génération. Lorsqu’un adolescent noir ne se sent pas vu dans ce qu’il vit intimement, il se referme. Il choisit le mutisme pour ne pas avoir à se justifier, à expliquer ou à traduire son existence.



Pourquoi tant de jeunes noirs gardent-ils leurs mots au fond de la gorge ? Parce qu’on leur a enseigné, parfois explicitement, parfois dans les non-dits, qu’un “vrai noir” ne montre pas ses failles. Parce qu’ils craignent le jugement de leurs proches, eux-mêmes épuisés par des années de lutte pour s’intégrer et se protéger. Parce qu’ils redoutent que leurs confidences soient mal interprétées, minimisées ou pathologisées. Le silence devient une couverture. On dissimule la peur. On enfouit la honte. On avale l’angoisse. Mais ce silence, loin de les renforcer, les isole davantage. Il creuse une distance dangereuse entre leur cœur et le monde.


Les familles et les communautés noires portent ici une responsabilité immense, mais surtout un pouvoir extraordinaire. Dans nos cultures, le soin n’a jamais été un acte solitaire. La guérison est une affaire collective. Le village guérit l’enfant. Le cercle protège la vie. Toutefois, les blessures de l’exil, la précarité, le racisme structurel et la fragmentation sociale ont fragilisé nos solidarités ancestrales. Certains milieux communautaires, divisés par l’individualisme ou les rivalités, n’offrent plus toujours le refuge que nos enfants méritent. Il nous faut retrouver cette unité essentielle qui transforma jadis la résistance en victoire et l’adversité en dignité.




La sagesse africaine nous rappelle une vérité fondamentale “Je suis parce que nous sommes.” Ubuntu n’est pas une philosophie ancienne à conserver dans les livres. C’est une manière de recréer du lien, de redonner un sens au collectif, de rappeler à chaque jeune noir qu’il n’est jamais seul.


Pour accompagner nos enfants vers un avenir plus juste, il nous faut transformer le système, créer des ponts entre les institutions et les communautés, former davantage de psychologues noirs et d’intervenants experts des réalités afro-descendantes, développer des espaces sécuritaires où la parole noire n’a plus peur de s’exprimer. Il faut cesser de percevoir la santé mentale comme un tabou, et en faire une cause politique, sociale, familiale. Comme le disait Mandela, la véritable liberté ne réside pas seulement dans le droit d’exister, mais dans le droit de vivre pleinement, en paix avec soi-même.


Les jeunes noirs du Québec ne doivent plus souffrir en silence. Ils méritent d’être entendus, compris, accompagnés avec intelligence et avec amour. Il nous appartient de créer ce monde où leurs voix ne tremblent plus, un monde où leur identité n’est plus un fardeau à porter, mais une force à célébrer. Que chaque parent, chaque éducateur, chaque professionnel, chaque membre de la communauté devienne un gardien de leur santé psychique. Brisons le silence. Rebâtissons les liens. Et marchons ensemble vers un horizon où nos enfants pourront enfin respirer, parler et grandir dans la lumière.


Suivez la campagne pour la santé mentale des jeunes noir.e.s organisé par WAZAZI, MUNTU et la Fondation ELIMU.


Yahya

 
 
 

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